Arrêt sur image

Arrêt sur image

Difficile de résister à photographier ces couleurs contrastées qui m’entourent, moi qui vit dans la péninsule gaspésienne. Sauvage, bordée par la mer, inondée de couchers de soleil, recouverte de forêts fleurissantes et belle comme le désir, elle n’est, en essence, que couleurs. L’attention les met en scène, elles qui se dissimulent derrière un voile perceptible. Dans ce contexte, je me suis permis la liberté d’y regarder avec intérêt, faire quelques pas en avant ou en arrière, me glisser derrière et devant les édifices , marcher quelques pas de coté.
C’est en regardant ces vitrines toute colorées que je me suis rendu compte qu’on pouvait voir, à la fois, à l’intérieur comme à l’extérieur, à causes des objets réfléchis par la surface du verre. Parfois, dû à un phénomène de physique optique, le verre permet le dédoublement de réflexion ou, encore, projette un kaléidoscope, créant une image fantôme décalée. Un souvenir latent attend.
Puis un jour, je me suis aperçu, au sens propre comme au figuré. Des souvenirs enfantins, au sens étymologique, apparaissent graduellement. Je revois ces petits films captés en super 8 que papa enregistrait à différentes occasions. Les soirs venus, lors des projections, dans la noirceur du grenier, il arrivait que la pellicule se bloque accidentellement dans le projecteur qui essayait de la faire avancer. Cela créait un sautillement sur une image fixe qui lui donnait l’impression de bouger.
Ainsi, je revoyais devant ces vitrines ces petits films de mon enfance. La lunette de ma caméra capte une image insaisissable, en mouvement, en couches superposées. L’image se perd dans une autre, puis encore dans une autre et dans le temps. La mémoire la révèle.

Frame freeze

It’s hard to resist photographing the contrasting colours that surround me, as I live in the Gaspé Peninsula. Wild, bordered by the sea, flooded with sunsets, covered with flowering forests and as beautiful as the desire, it is, in essence, only colors. The attention shows them, they hide behind a perceptible veil. In this context, I allowed myself the freedom to look at it with interest, to take a few steps forward or backward, to slip behind and in front of the buildings, to walk a few steps sideways.
It was by looking at these colourful display cases that I realized that one could see both inside and outside, because of the objects reflected by the glass surface. Sometimes, due to an optical physics phenomenon, glass allows the duplication of reflection or, again, projects a kaleidoscope, creating an offbeat ghost image. A latent memory awaits.
Then one day I noticed myself, literally and figuratively. Childish memories, in the etymological sense, gradually appear. I can see these little super 8 movies that Dad used to record on different occasions. On the evenings that came, during the projections, in the darkness of the attic, it sometimes happened that the film accidentally jammed in the projector that was trying to make it move forward. This created a hopping on a still image that made him feel like he was moving.
So, I saw these little films of my childhood in front of these windows. The bezel of my camera captures an elusive image, in motion, in layers superimposed on top of each other. The image is lost in another, then again in another and in time. Memory reveals it.

sans titre no. 1 ©Albert Picard sans titre no.2 sans titre no. 3 ©Albert Picard autoportrait (d'après l'oeuvre ''Fleurs de mer'' (2016) de Gil Pître) ©Albert Picard sans titre no.5 ©Albert Picard sans titre no. 6 ©Albert Picard sans titre no. 7 ©Albert Picard sans titre no.8 ©Albert Picard sans titre no. 9 ©Albert Picard sans titre no.10 ©Albert Picard sans titre no.11 ©Albert Picard sans titre no.12 ©Albert Picard sans titre no.13 ©Albert Picard
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