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Démarche artistique / Artist statement

Dans le cadre général de mes recherches photographiques, il y a ces paysages en évolution qui glissent sur les fenêtres générées par le viseur de ma caméra. Je distingue avec préférence les milieux agricoles ou champêtres, s’appuyant aux forêts, aux chemins, ou au patrimoine bâti, là où beaucoup d’humains des lignes tracent et des terrains aménagent, à volonté. La région de l’ouest du Lac-Saint-Jean me procura l’espace de vie des deux premières décennies de mon existence. Son territoire, plissé par les rivières, troué par les lacs, parsemé d’artefacts et occupé par une infinie variété d’activités agricoles et sylvicoles, embrassa mes yeux. Le grand vent, joueur et enjôleur, dans les feuilles au sol, comme pour leur insuffler vie, fit de moi un observateur méditatif.

La photographie revendique sa présence avec raison, entre autres parce que j’ai en tête des images de souvenirs, un matériau rendu accessible par l’inconscient. En Gaspésie, je peux revisiter les paysages qui me sont familiers, dans et aux abords des villages et des rangs, comme je le faisais à l’âge juvénile. Ma caméra encadre et photographie les petites histoires qui défilent dans mon esprit. Avec le recul des années, je me rend compte que ce va-et-vient s’installe dans une perspective systémique où tout est interrelié : l’humain, les actions, la manière de vivre, le milieu de vie, les paysages et, bien sûr, moi-même.

N’ayant jamais suivi de formation en arts visuels, je suis un autodidacte, mais un peu plus que ça. Je crois dur à l’influence de mes rencontres dans les livres de photographies, les films ou les galeries d’art. Quand je regarde au travers du viseur de ma caméra, des images apparaissent à mes yeux et, au même moment, je ne peux m’empêcher de penser à Michel Brault, Isabelle Hayeur, Todd Hido, François Jacob, Nadav Kander, Pierre Saint-Louis, Xiaoding Zhao... À l’instar de ces artistes de l’image en mouvement ou fixe, l’émotion jumelée à une humanité engagée me sert de guide dans mes exécutions. ’’ La magie ’’ a des tonalités bien ternes. Je préfère ’’ l’âme agit ’’ , beaucoup plus illuminante, pour réaliser mes photographies.

Avec mon petit appartement sur quatre roues en mouvement, pour la pratique, à regarder rien, sauf à me sortir de moi, l’automobiliste de circonstance, je voyage sur les chemins de traverse, toujours à humecter ma conscience.

In the general framework of my photographic research, there are these evolving landscapes sliding on the windows generated by the viewfinder of my camera. I prefer to separate out the agricultural landscapes or rural environments, leaning on forests, paths, or built heritage, where many humans draw lines and design land at will. The rural region of western Lac-Saint-Jean provided me with the living space of the first two decades of my life. Its territory, wrinkled by rivers, punctured by lakes, dotted with countless artifacts and occupied by an infinite variety of agricultural and forestry activities, embraced my eyes. The great wind, playful and charming, in the leaves on the ground, as if to breathe life into them, made me a meditative observer.

Photography claims its presence with good reasons, among others because I have in mind images of memories, a material made accessible by the unconscious. In Gaspésie, I can revisit the landscapes that are familiar to me, in and around the villages and on the outskirts, as I did in my youth. My camera frames and photographs the little stories that flow in my mind. Looking back over the years, I realize that this comings and goings take place in a systemic perspective where everything is interrelated : the human being, the actions, the way of life, the living environment, the landscapes and, of course, myself.

Having never been trained in visual arts, I am self-taught, but a little more than that. I believe strongly in the influence of my encounters in photo books, in films or on the walls of art galleries. When I look through the viewfinder of my camera, images appear in my eyes and, at the same time, I cannot stop thinking about Michel Brault, Isabelle Hayeur, Todd Hido, François Jacob, Nadav Kander, Pierre Saint-Louis... As for these artists of the image in mouvement or still, the emotion, associated with a humanity, guides me in my performances. ’’Magic’’ has very dull tones, I prefer ’’ the soul acts’’, much more luminous, to make my photographs.

I choose what appeals to me, wakes me up, touches the white sheet locked in my camera. With my small flat on four wheels, for the practice, at the edge of the fields, to look at nothing, if not to get out of me, the motorist that I am, I travel on the back roads, always to dampen my conscience.