Le Commerce de l’électronique

Je circulais sur la route 132 dans son prolongement gaspésien et photographiais les commerces nés dans les quatre décennies qui ont suivi la fin de la Deuxième Grande Guerre, et qui ont prospéré pendant cette période d’intense effervescence sur les plans économique, social, démographique et culturel. Je sentais qu’ils représentaient des temps évanescents et que l’Histoire était en train de s’écrire.
L’architecture vernaculaire de ces commerces inscrite sur le territoire et dans le temps se révélait. Fermées depuis plusieurs années, sinon des décennies, abandonnées de toute activité, désertées de leurs clientèles et vidées de leurs inventaires, ces places d’affaires de l’après guerre représentent pour l’époque les différentes facettes de l’activité humaine : mercerie, épicerie du coin, marchand général, salon de quilles, cinéma, électrotechnicien, etc.
En même temps, la perspective que m’offraient mes photographies m’incitait à revisiter ce passé à la recherche de l’éventail des commerces qui caractérisa la deuxième moitié du vingtième siècle.
Par un heureux concours de circonstances, je me retrouvai un jour devant la porte d’une maison près d’un bâtiment qui me donnait à penser qu’il aurait pu s’agir d’un de ces commerces. Une dame âgée me répondit et m’indiqua la façon de rentrer dans ce bâtiment adjacent où se trouvait son mari. Il m’expliqua qu’effectivement l’édifice abrita un commerce entre 1962 et 2002, dernière année de son ouverture. Quand il me parla de radio, de télévision et de lampe cathodique, des lumières s’allumèrent dans mon esprit.
Ma petite histoire personnelle a voulu qu’un de ces commerces de l’après guerre soit mon premier terrain de jeu où mes parents me donnaient toute la liberté d’y circuler, de m’y cacher et, souvent, avec leur complicité, de m’y impliquer. Devenu assez haut sur pattes, je pouvais observer le fouillis indescriptible des établis de réparation des radios, des télévisions, des tourne-disques, des amplificateurs et autres merveilles de l’époque. Un chaos faisait valser la multitude de petits outils et pièces de rechange d’une journée au lendemain. Hanté par la motivation de ma curiosité, ce tourbillon perpétuel m’égayait et suscitait ma participation.
Le hasard a voulu que le jour où je m’arrêtai chez madame et monsieur Joncas, je revisitai en fait le territoire de mon enfance au Lac-Saint-Jean. Monsieur Joncas me demanda de le suivre à l’étage. Il avait quelque chose à me montrer.
Émergea de cette visite un petit corpus d’au plus quarante-cinq images, ce qui donne le témoignage d’une image environ par année de la carrière de Joseph Joncas. Il aurait pu y en avoir plus, mais ça devenait répétitif compte tenu du petit atelier mis à ma disposition, soit une pièce d’environ cinq mètres sur cinq.
Néanmoins, tout en documentant une période historique du commerce de l’électronique grand public, je ne pouvais pas me distancer du vécu si heureux et épanouissant de mon enfance. À ce témoignage d’une facette de cette période de l’après guerre, s’ajoute un passé commun partagé entre les Joncas et moi-même. Il en est ainsi pour beaucoup d’entre nous.
Le troisième millénaire a déjà atteint sa dix-huitième année et c’est un euphémisme d’affirmer qu’en ce domaine dont il est question, c’est une histoire vraiment différente.

Consumer electronics trade
I was driving on route 132 in its Gaspé extension and photographed the businesses born in the four decades that have been in existence since then and that flourished during this period of intense economic, social, demographic and cultural turmoil. I felt that they represented evanescent times and that History was being written.
The vernacular architecture of these shops inscribed on the territory and its development in time were revealed. Closed for several years, if not decades, abandoned of all activity, deserted of their customers and emptied of their inventories, these post-war businesses represent for the time being the different facets of human activity : haberdashery, local grocery store, general merchant, bowling alley, cinema, electronic technician, etc....
At the same time, the perspective offered by my photographs encouraged me to revisit this past in search of the range of businesses that characterized the second half of the twentieth century.
By a happy coincidence of circumstances, I found myself one day in front of the door of a house near a building that made me think it might have been one of those businesses. An elderly lady answered me and told me how to get into the building where her husband was. He explained to me that the building actually housed a business between 1962 and 2002, the last year of its opening. When he spoke to me about radio, television and cathode ray lamps, lights came on in my mind.
My personal history has made one of these post-war businesses my first playground where my parents gave me the freedom to move, hide and, often, with their complicity, to get involved. Having become quite high on legs, I could observe the indescribable mess of repair workbenches. It was a chaos that drove the multitudes of small tools and spare parts from one day to the next. Haunted by the motivation of my curiosity, this perpetual whirlwind enlivened me and aroused my participation.
By chance, the day I stopped at the home of Madame and Monsieur Joncas, I revisited the territory of my childhood in Lac-Saint-Jean. Mr. Joncas asked me to follow him upstairs. He had something to show me.
I drew from this visit a small corpus of up to forty-five images, which testifies to about one image per year of Joseph Joncas’ career. There would be more of them, but it was becoming repetitive given the small workshop available to me, a room about five by five metres long. Nevertheless, while documenting a historical period of consumer electronics trade, I could not distance myself from the happy and fulfilling life of my childhood. In addition to this testimony of a facet of this post-war period, there is a common past shared between the Joncas and myself. They also bear witness to my personal history. Mr. Joncas, his wife and I share a common past. This is the case for many of us.
The third millennium has already reached its eighteenth year and it is a euphemism to say that in this area, it is a very different story.

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Le Commerce de l’électronique

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