Voir la mer

Voir la mer (Corpus photographique ouvert. Sélection)

Étant pratiquement le seul lien routier qui longe la mer, la route 132 circonscrit complètement la péninsule gaspésienne . Dans le souci d’éviter les élans romantiques et tous les clichés qu’elle suscite, les cartes postales se chargeant très bien de l’affaire, photographier la mer n’est pas une chose aisée. Des anciens m’ont avoué qu’ils ne la voyaient plus. J’ai alors cru que ma quête ne serait qu’une absurde chicane contre l’immensité invisible de la mer.

Alors que je faisais dérouler les kilomètres sous ma voiture le long du grand littoral, j’ai dû admettre que même mon propre regard est contaminé par un ensemble d’idées qui sont à la fois le reflet et le masque subtil et insidieux de conditions sociales et culturelles. Un ingénieux savoir-faire permet d’accrocher sur la frange saline et venteuse une infrastructure, pas toujours ronflante comme la Légion d’Honneur, qui forme ses fils actifs de tissu conjonctif. Je devenais le spectateur d’une fin de spectacle théâtral où la tenture tombe, à la différence que, cette fois, elle recouvre tout ce qui est bleu : le ciel, la mer et la neige.

L’importance de la mer est toujours présente mais l’indifférence à son égard se gonfle. Résulte un regard subvertissant notre attirance envers la mer. La dissimuler est un acte volontaire, voire socialement acceptable. Nonobstant ce qui précède, les tables des campings d’été seront festives parce qu’elles serviront ces bars rayés qui, dans leurs migrations, sont sacrifiés pour nous nourrir.

Il n’y a pas d’autre solution. Nous baignons dans ces embarrassantes contradictions. Nous sommes si dépendants de la mer.

Looking at the sea

Being practically the only road link that runs along the sea, Route 132 completely circumscribes the Gaspé Peninsula. In order to avoid the romantic impulses and all the clichés that it arouses, the postcards taking care very well of the affair, photographing the sea is not an easy thing, Some elders confessed to me that they did not see it any more. I then believed that my quest would only be an absurd quarrel against the invisible immensity of the sea.

As I drove the miles under my car along the great coastline, I had to admit that even my own gaze is contaminated by a set of ideas that are both the subtle and insidious reflection and mask of social and cultural conditions. An ingenious know-how makes it possible to hang on the saline and windy fringe an infrastructure, not always snoring like the Legion of Honour, which forms its active connective tissue threads. I became the spectator of the end of a theatrical show where the hanging falls, with the difference that, this time, it covers everything that is blue : the sky, the sea and the snow.

The importance of the sea is still present but the indifference towards it is growing. Results a look subverting our attraction towards the sea. Hiding it is a voluntary, even socially acceptable act. Notwithstanding the above, the tables at the summer campsites will be festive because they will serve these striped bass which, in their migrations, are sacrificed to feed us.

There is no other solution. We are bathed in these embarrassing contradictions. We are so dependent on the sea.

mer-1 ©Albert Picard mer-2 ©Albert Picard mer-3 ©Albert Picard mer-4 ©Albert Picard mer-5 ©Albert Picard mer-6 ©Albert Picard mer-7 ©Albert Picard mer-8 ©Albert Picard mer-9 ©Albert Picard mer-10 ©Albert Picard mer-11 ©Albert Picard mer-12 ©Albert Picard mer-13 ©Albert Picard mer-14 ©Albert Picard mer-15 ©Albert Picard mer-16 ©Albert Picard mer-17 ©Albert Picard mer-18 ©Albert Picard mer-19 ©Albert Picard mer-20 ©Albert Picard
Voir la mer

Cliquer ICI pour envoyer un commentaire

Merci

Messages

Un message, un commentaire ?

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.